Les misérables

Un choc...

le film "les misérables" passé en avant-première au cinéma gérard philipe est exceptionnel. Un très grand film, premier film d’un jeune auteur, Ladj Ly, avec des acteurs non professionnels, liés à cette banlieue de Montfermeil connue pour les émeutes de 2005, mais aussi pour avoir été la ville où Victor Hugo situe une partie de son roman "les misérables", ce qui justifie le nom du film.

Ce jeune auteur et ses acteurs se retrouvent propulsés à Cannes, repartent avec le prix du jury avant d’être sélectionnés pour les oscars, un parcours exceptionnel.

Un film qui vous prend avec ce jeune policier arrivant dans l’équipe de la BAC qui parcours la banlieue de Montfermeil, confronté immédiatement à la tension qui rythme la vie de l’équipe. Un film qui vous emmène jusqu’au bout, jusqu’à cette scène qui le résume dans les regards entre ce presqu’encore enfant, une bouteille enflammée à la main, et ce policier qui tente depuis deux jours de se tenir dans la succession de violences qui a conduit à la grave blessure de cet adolescent.

Le film n’est pas un essai sociologique, ni politique, il n’explique rien, ne justifie rien, ne condamne rien, il se contente de montrer les misérables vies d’enfants comme de policiers, tous enfermés dans une guerre civile quotidienne qui ne peut que mal finir.

A nous de nous demander, mais que fait la justice ? mais que fait le service public ? que font les écoles ? que font les élus ? mais où sont ceux qui travaillent ? Les seuls acteurs de ce quotidien sont les enfants et adolescents mêlés aux trafics, les policiers qui les pourchassent, les frères musulmans qui renvoient à leur seule règle religieuse, et une sorte de service jeunesse municipal laissé à de grands frères qui sont supposés réguler cette violence. Au milieu passe aussi une famille de gitans dans un cirque fournissant le lionceau qui sera le fil conducteur de la randonnée urbaine de la BAC dans le quartier, un malfrat gérant de boite de nuit en lien avec la police...

Bien sûr, c’est un film, et aucun de nos quartiers Vénissians n’est dans une telle situation de délabrement et de délaissement, mais on sait bien que les rapports entre beaucoup d’adolescents et les équipes de police a quelque chose à voir avec cette violence, même si, heureusement, elle ne conduit pas en général à la violence sur laquelle se termine le film.

On ne peut tirer qu’une conclusion à mettre en débat. Une politique d’emploi des forces de l’ordre qui repose sur une telle guerre permanente plaçant policiers comme jeunes dans ces situations misérables est une impasse. Si l’intervention de police contre les trafics, les mafias, la prostitution, l’économie parallèle est nécessaire, la présence en masse de services publics qui construisent un espace de vie commune aux familles et aux enfants doit être la priorité.

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...