Conseil de métropole du 5 novembre 2018

La métropole actionnaire pour l’intérêt privé ? 2018-3104 : Participation minoritaire de la Métropole de Lyon au capital et au financement de la société de projet Lyon Rhône solaire

, par  Pierre-Alain , popularité : 27%

La délibération autorisant la métropole à être actionnaire minoritaire d’une société privée est une première, et les incertitudes sur le modèle économique interroge sur le sens de la décision qui nous est proposée... Il semble que l’intervention métropolitaine soit nécessaire pour équilibrer une opération qui bénéficie ainsi d’un bonus pour investissement participatif.. Permettez-nous de sourire devant cette définition du participatif, en tout cas, un TRI de 2 à 3% dans une opération qui bénéfice d’un bonus sur ses ventes de 3,5%, cela parait effectivement une construction adhoc... surtout quand il n’y a pas de coût direct de la production !

S’agit-il de dynamiser cette vallée de la chimie qui connait beaucoup d’études, beaucoup de terrains disponibles aussi, mais peu de réalisations pour l’instant ? Difficile de le penser : cette opération n’aura pas réellement d’impact sur l’économie de la vallée, nous ne connaissons pas les conditions des baux avec les industriels, qui n’en attendent certainement pas de revenus significatifs, un seul projet inclut de l’autoconsommation sans qu’on en connaisse les conditions économiques pour l’industriel concerné... A vrai dire, on se demande quelles sont les "retombées économiques positives pour le territoire" évoquées dans la délibération.

Il semble donc qu’il s’agisse d’abord de faire événement dans les ENR métropolitaines, ce que confirme la délibération évoquant en introduction « Une production photovoltaïque métropolitaine encore timide mais en plein devenir et un contexte réglementaire favorable... » Alors regardons l’impact environnemental, économique et social de ce projet.

D’abord l’impact environnemental. Le facteur de charge constaté sur les installations métropolitaines est plutôt bas : 27GWh pour 25GW ce qui correspond à un fonctionnement sur 1080 h/an soit 12,3% du temps... la moyenne nationale est un peu au dessus de 1200h... A vrai dire, les recettes annoncées de 800K€ par an correspondent sur la base du tarif avec bonus de 89,5€ à un fonctionnement un peu supérieur à 1200h, on suppose donc que le pari est une amélioration technologique par rapport au parc existant dans la métropole.

D’un point de vue environnemental, comme toujours dans les ENR électriques, il faut regarder de près l’impact de cette production sur les émissions carbonées. En effet, les sites de la vallée de la chimie fonctionnent pour beaucoup en continue, et pendant 87% du temps, Lyon Rhône solaire ne contribuera pas à la production ! Or nous payons désormais des mécanismes de capacité pour garantir que certains producteurs ont eux une capacité permettant de répondre à la demande, à tout moment. Chaque fois que nous investissons 1MW intermittent à faible taux de charge, qui plus est prioritaire sur le réseau, il faut qu’un autre producteur prévoit la même capacité capable d’assurer la permanence de la fourniture.

Certains nous disent que le foisonnement va résoudre ce problème en garantissant qu’il y ai tout le temps un producteur disponible quelque part sur le réseau, tout indique que ce n’est pas le cas, et l’exemple allemand est éclairant, on peut le comprendre, il y peu de soleil la nuit, à Lyon comme à Marseille !

Or nous savons que la capacité électrique disponible à tout moment pour suppléer à l’intermittence fait appel très largement aux fossiles. Autrement dit, pendant 87% du temps, ce projet contribue à augmenter la part carbonée de notre électricité !

C’est pourquoi nous pensons qu’il aurait été légitime pour la métropole d’aider un projet innovant comme nous le faisons avec le biogaz à la Feyssine, qui aurait par exemple chercher un partenariat avec Air Liquide pour un stockage hydrogène, ou organiser l’auto-consommation systématique sur les sites industriels...

Nous demandons en tout état de cause qu’un bilan carbone complet de l’opération soit réalisé, prenant en compte l’origine des panneaux, les transports liés à leur production et leur livraison, les chantiers de réalisation, la maintenance future du parc, et lecoût carbone des capacités de substitution mobilisées pendant la production de ces installations.

Concernant le modèle économique, si le coût d’investissement de 9,6M€ pour 7,4MW, soit 1,3€ par KW correspond à l’état des techniques, la rentabilité affichée nous interroge. En prenant le taux de charge de 1200h et le tarif annoncé, on obtient un chiffe d’affaire global sur 25 ans de 20M€, ce qui donne effectivement un TRI de presque 3%, mais nous n’avons pas de précisions sur le bilan d’exploitation, le niveau des frais de maintenance, de location, les frais financiers des emprunts...

D’un coté, la recette est garantie et c’est donc un investissement peu risqué pour lequel ce TRI parait confortable, et on peut se demander pourquoi cet investisseur a besoin de ce montage, et pourquoi les grandes entreprises support n’interviennent pas directement dans cette opération. Elles auraient pu créer un GIE par exemple, surtout dans l’objectif de prioriser leur autoconsommation.

Mais tout repose sur le tarif d’achat, 89,5 €/MWh qui représente 2,13 fois les 42 €/MWh auquel EDF est tenue de vendre son énergie nucléaire à … ses concurrents. Autrement dit, le surcoût d’achat (et non de « rachat » !) de l’électricité produite part « Lyon Rhône Solaire » calculé par la CRE en référence au sacro-saint « prix de marché » peut être estimé à 47,5 €/MWh. Autrement dit, la moitié des recettes de ce projet seront payés par la CSPE, cette taxe qui grossit dans les factures des consommateurs d’électricité, de l’ordre d’un demi million par an. Merci pour eux !

La délibération se félicite du fait que la métropole touchera des dividendes, rappelons que l’investisseur privé touchera 45% des dividendes, les consommateurs ayant payé 53% de la facture en taxes !

Au total, il est clair que les industriels de la chimie, dont des filiales ou anciennes filiales du groupe TOTAL, un grand groupe du développement durable comme chacun sait, se seront offert un beau verdissage, peut-être lucratif, et la métropole pourra communiquer sur une réalisation ENR électrique de grande ampleur... Mais sans impact sur la baisse de nos émissions de gaz à effet de serre...

Enfin, rien ne nous dit d’où viendront les panneaux, nous le savons tous, peut-être seront-ils estampillés France dans une usine d’assemblage, mais comme vous le savez, les panneaux chinois ne sont plus taxés dans l’union européenne depuis ce mois de septembre...

Non vraiment, cette délibération n’est légitime ni pour le social, ni pour l’économie, ni pour l’environnement, ni pour la métropole, ni pour la vallée de la chimie, nous appelons notre conseil à la refuser.

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