Conseil de la Métropole du 10 Décembre 2015

Projet SUPERGRID : Réponse aux besoins ou dérèglementation complète de la filière énergétique ?

, par  Pierre-Alain , popularité : 14%

Cette délibération permet une autorisation de programme de 4 M€ pour le projet immobilier de l’institut de transition énergétique, qui ne peut être discuté en dehors de ce projet majeur de recherche et développement mobilisant plus de 100 chercheurs et un budget total de 220M€ sur 10 ans, avec un financement public de 86,6M€, soit 39%, le public ne détenant que 35% du capital. Ce projet est d’abord celui d’un acteur privé, ALSTOM GRID, qui l’accueille sur son terrain, et est supposé en tirer des bénéfices industriels futurs. Au delà d’un contrôle strict de l’usage des fonds publics, il y a une question essentielle sur les gains potentiels futurs ! Si ce projet aboutit à des créations significatives d’emploi, où seront ces emplois ? Qui détiendra les profits et décidera de leur usage ? Qui détiendra les brevets ?

Cette question est d’autant plus importante que la délibération fait silence sur un fait nouveau depuis le lancement de ce projet, le rachat de ALSTOM Energie, incluant ALSTOM Grid par General Electric, qui possédera 50% plus une action en capital et en droits de vote. Autrement dit, nous accompagnons un financement public massif d’un projet détenu aujourd’hui par un groupe US, sans rien savoir de sa stratégie sur l’emploi, l’investissement, les filières technologiques et industrielles. Rappelons que les anciens actionnaires d’ALSTOM dont le groupe BOUYGUES sont contents, ils ont touché en dividendes exceptionnels 4 des 7 milliards du rachat ! Le monopoly financier continue aux profits toujours des mêmes oligarchies !

Nous renouvelons notre demandene report, après de nouvelles informations transmises par les délégués syndicaux de l’entreprise. Si la presse fait un large écho aux annonces de 1000 créations d’emploi par GE, les multinationales sont expertes dans l’art de la communication positive. L’expert économique du CE annonce un plan d’économies de 3G€, avec 10 000 suppressions d’emplois dont 6500 en Europe et 1500 en France ! Il devait être annoncé au CCE de décembre et a été reporté au 12 janvier prochain ! Et la filiale bancaire de GE a signé un nouveau plan social, le 11eme depuis 1995 !
Si la nouvelle direction GE laisse poursuivre les travaux de l’IEDD, il a été clairement dit aux représentants du personnel que SUPERGRID devait repasser devant les décideurs US ! Qui peut dire ce qu’ils décideront ? Qui sait s’il existe un projet concurrent aux US, en Chine ou ailleurs ?

Pourtant, le pilotage public de ce projet était essentiel quand on sait qu’il répond au schéma de développement énergétique européen qui prévoit 1000 milliards d’euros d’investissement dans les infrastructures d’ici à 2020, ce qui ne peut bien sûr être financé par les seuls revenus des gestionnaires de réseaux. C’est la stratégie du Monopoly européen de spécialisation dans la concurrence capitaliste, bien loin, c’est un euphémisme des territoires à énergie positive, discours au service d’un consensus faussement vert, pour endormir les consciences pendant que les vraies décisions capitalistes se prennent. Ce Supergrid à courant continu coûte 10 fois plus cher qu’un réseau THT actuel, et ne se justifie que par des échanges massifs d’électricité entre zones de grande production et zones de grandes consommation… autrement dit, pour rentabiliser les fermes éoliennes du nord en alimentant le coeur industriel allemand.

Ĺ’Agence Internationale de l’Energie (AIE) considère que la pauvreté énergétique mondiale pourrait être intégralement supprimée avec un investissement d’environ 600 milliards d’euros d’ici à 2030…

Monsieur le président, monsieur le vice-président à l’économie, avez-vous de la mémoire ? Tirez-vous des leçons de l’expérience ? Si le projet SuperGrid génère d’énormes besoins de production de câble spécifiques à courant continu dans les années à venir, l’entreprise NEXANS a fermé en 2014 son site de production de Lyon, pourtant adossé à la R&D du groupe, que un an plus tard, elle annonce une nouvelle restructuration avec suppression d’emploi, alors qu’elle est bénéficiaire de fonds public ! Pendant que vous parlez d’une métropole de l’économie, c’est le fonds Amber Capital, qui avait mené la fronde des actionnaires pour la restructuration de 2014, qui repart à l’assaut de NEXANS en exigeant plus de rentabilité que l’italien Prysmian. Vive l’union européenne de la concurrence libre et non faussée. Il est vrai que c’est bien la déréglementation de l’énergie initiée par un certain Lionel Jospin et poursuivie par tous les gouvernements de gauche comme de droite, qui se cache derrière le discours de la transition énergétique et qui conduit les grands acteurs de l’énergie (EDF, ENGIE, etc.) à se tourner vers des fournisseurs à bas coût. Au fait, combien de temps avant que vous ne vous intéressiez au foncier de l’entreprise JST dans le 8eme ?

La CGT du groupe avait bien raison de dénoncer les stratégies de récupération de fonds publics au service d’intérêts privés. [1]

Ce qui a fait l’efficacité historique de l’industrie en France, son « modèle de réussite » que les oligarchies détruisent avec ténacité depuis des décennies, c’était tout au contraire la cohérence de véritable filières technologiques et industrielles, pilotée par un grand acteur public, SNCF, France Telecom, EDF, AIR France… Le bilan des démarches dites d’excellence, de spécialisation intelligente, associée aux privatisations et déréglementations, est une catastrophe technologique, économique et sociale ! Et les entrepreneurs adaptés à cette économie de monopoly deviennent des chasseurs de subventions publiques pour garantir les dividendes et financer la destruction d’emplois.

Nous savons que pour beaucoup de salariés concernés, ce projet semble une assurance pour leur emploi. Mais nous préférons leur dire la vérité. Non seulement nous n’en savons rien, mais nous sommes sûr qu’ils ne pèseront rien au moment des décisions de GE.

Nous voterons donc contre ce projet.

[1

Les industriels appliquent de plus en plus la stratégie de la récupération des fonds publics au service de leurs intérêts propres. Ainsi, nous voyons de plus en plus de filières industrielles intégrées se désagréger selon le modèle du transfert industriel et technologique dans les pays émergents. Tout se passe en plusieurs étapes : ouverture de sites de productions dans les pays émergents pour des motifs de proximité géographique (mais surtout de dumping social), transfert de production progressive, fermeture de sites de production à proximité de la R&D sur nos territoires et transfert de la R&D (à l’épuisement des fonds publics et à la montée en compétence technique des salariés des pays émergents).

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