Au bout de la crise politique... il y a quoi ?

, par  Pierre-Alain , popularité : 12%

Les manifestations de ce mercredi 9 mars sont peut-être un éclair d’espoir. Des milliers de personnes à Lyon, sans doute 20 000, je n’ai pas entendu les annonces, et surtout un mélange de lycéens et de retraités, de fonctionnaires et de salariés du privé, au total, une foule très jeune, même en dehors des lycéens. Les forces "vives" comme on dit, existent...

Et pourtant, quand on réalise qu’un gouvernement socialiste propose la loi la plus rétrograde qui soit, faisant éclater ce qui restait du "modèle social" protecteur, de cet amortisseur social qui faisait que les crises économiques étaient moins dures en France qu’en Angleterre, et quand on entend les médias mener une véritable guerre de mensonges et de propagandes éhontées jamais appuyées sur des faits, on se demande dans quel monde on vit, et surtout, jusqu’où ca ira ?

Les médias tentent de faire croire que la loi est faite pour les précaires, et qu’il faudrait précariser un peu les autres pour permettre aux précaires de trouver du boulot. Mais tout le monde sait que favoriser les licenciements n’a jamais poussé à la création d’emploi. Il suffit de se rappeler les promesses de Gattaz père, qui était déjà la patron des patrons, et qui avait promis 600 000 emplois si on supprimait l’autorisation administrative de licenciement... On a évidemment continué à perdre des emplois, plus facilement supprimés...

Il suffit de regarder aussi les statistiques d’entrée à pole emploi qui sont éloquentes. Il n’y a bien sûr aucune corrélation entre le nombre de départs d’entreprise et la création d’emploi, au contraire ! Ces dernières années, le nombre de départ d’entreprise est en constante augmentation, et si les licenciements économiques diminuent, c’est parce que les "ruptures conventionnelles" explosent... Au total, jamais les entreprises ne se sont séparé aussi facilement de leurs salariés, et elles n’ont même plus besoin des prudhommes ! Ce que va leur donner la loi, c’est que quand elles n’arrive pas à imposer des ruptures conventionnelles, elles pourront imposer des licenciements "forfaités", durée et indemnités plafonnées !

Et pendant ce temps, les entreprises du batiment sont dans une guerre des prix suicidaires à cause de la forte baisse de l’investissement public des collectivités locales soumises au pacte de rigueur... Et l’emploi local est mis à mal dans ce secteur... Et ça continue dans la casse industrielle !

Et pendant ce temps la politique continue dans ce qu’elle a de pire. J’entends ce matin à la radio que le plan 1, c’est Hollande, le plan 2, Vals, le plan 3, Macron et que le plan 1 veut fragiliser le plan 2 en utilisant le plan 3... et ainsi de suite pendant tout le journal "d’information". Avec les dizaines de candidatures à droite à gauche et cette folie des primaires, importées des USA et de la place du marketing à coup de milliards dans leur vie politique, plus aucun vrai débat de fonds sur la crise économique. Le grand barnum des présidentielles est déjà sorti et tout tourne autour des égos sur-gonflés qui se croient une destinée.

J’ai beaucoup discuté avec des inconnus dans la manifestation, du socialisme et du communisme [1], de la souveraineté et du discours du FN ou de l’UPR, de l’histoire du mouvement communiste. Visiblement, cette jeunesse a soif de connaissances historiques et politiques.

Mais j’ai aussi croisé un ouvrier polonais qui dans un discours apparemment contradictoire me disait qu’il fallait aller bloquer la préfecture, associer les paysans pour faire tomber Hollande et les banques, mais pensait qu’il fallait le faire avec l’extrême-droite... Il gardait de son origine polonaise une foi inébranlable et un anticommunisme forcené... Après quelques échanges, il reconnaissait que le célèbre Lech Walesa qui avait soulevé les chantiers de Gdansk pour permettre à l’église de faire tomber l’état socialiste, avait une fois au pouvoir organisé la fermeture de ces mêmes chantiers, mettant des milliers d’ouvriers au chômage, ouvriers polonais qui sont désormais dans la misère en Pologne, et donc de nouveau dans l’émigration...

Au total, que de confusions, quel manque de repère ! Quelle difficulté pour faire grandir un mouvement conscient et organisé capable de ne pas se laisser manipuler ! J’ai vu en fin de manif que des petits groupes s’organisaient pour chercher les occasions d’affrontements avec la police. Les unités spécialisés étaient en train de se déployer vers la préfecture et la place Bellecour. J’espère que des lycéens ne sont pas allé se faire piéger dans des heurts organisés par des autonomes où se mêlent ultra-gauche et ultra-droite, et surtout, manipulations de toute sorte...

Le parti socialiste fait un pari dont le coût peut être terrible et se retourner avec violence contre toute la gauche au service du pire. Car il pousse sa politique tellement à droite que la droite ne peut plus rassembler sans se fondre dans l’extrême-droite. Une stratégie politicienne inaugurée par Mitterrand en 83 et parfaitement maitrisée par Hollande.

Mais la conséquence peut être terrible si le mouvement social renaissant ce 9 mars ne grandit pas rapidement en trouvant les formes de son autonomie et de son organisation. Or, nous avons tellement perdu de repères, d’expériences, d’organisation..

En jouant de la crise politique en tacticien, Hollande joue avec le feu social, et personne ne sait ce qui se produira. La colère peut grandir rapidement, et tout peut arriver, le pire comme le meilleur, Marine Le Pen comme la renaissance d’un Front Populaire... Bien sûr, je ferai tout pour que ce soit le Front Populaire !

[1au fait, non, le communisme, ce n’est pas une société ou tout est décidé et planifié par l’état, au contraire, c’est une société ou il n’y a plus d’état...

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