ÉNERGIE ET CLIMAT : LE MODÈLE FRANÇAIS

, par  Pierre-Alain , popularité : 18%

L’éditorial de la revue progressistes est un bon résumé de ce qui devrait émerger dans le débat en France sur la transition énergétique. J’espère que ceux et celles qui nous parlaient sans cesse du "modèle allemand" vont se faire écho de cette déclaration pragmatique et réaliste du ministre allemand faisant face à la fois à la hausse continue des émissions allemandes de gaz à effet de serre et à la forte hausse des coûts de l’électricité qui exaspère la majorité des allemands...

« La vérité est que la transition énergétique est sur le point d’échouer. La vérité est que, sous tous les aspects, nous avons sous-estimé la complexité de cette transition énergétique. La noble aspiration d’un approvisionnement énergétique décentralisé et autonome est bien sûr une pure folie !

Les débats sur les enjeux énergétiques ont un point en commun avec le foot : de la même manière qu’on aime commenter le choix du sélectionneur de l’équipe de France, on se plaît aussi dans les débats sur l’énergie à défendre unethèse passionnément jusqu’au bout, en refusant tout élément qui la contredirait, et ce même si nous savons que nous ne connaissons rien du domaine en question. C’est un fait avéré : il y a en France environ 60 millions de spécialistes sur le sujet !

Entendons-nous bien, c’est un jeu que nous affectionnons tous (y compris l’auteur de ce texte) : c’est bien humain, et peut-être même très « français ». Une attitude alternative et un peu plus sérieuse consisterait à aller voir ce qui se passe ailleurs, chez nos voisins, en Allemagne par exemple, et prendre le temps de comprendre ce qui s’y joue.

Trois ans après la décision de ce pays de fermer ses centrales nucléaires, période durant laquelle l’Allemagne donnait des leçons au reste de l’Europe, c’est l’échec total, affirmation du ministre de l’énergie en personne : « La vérité est que la transition
énergétique ["Energiewende", le plan allemand visant à faire passer la part de la production “renouvelable” d’électricité à 80% en 2050] est sur le point d’échouer. La vérité est que, sous tous les aspects, nous avons sous-estimé la complexité de cette transition énergétique. La noble aspiration d’un approvisionnement énergétique décentralisé et autonome est bien sûr une pure folie ! Quoi qu’il en soit, la plupart des autres pays d’Europe pensent que nous sommes fous. » [1]

En effet, l’Allemagne, un des pays les plus riches et les plus avancés du monde, est
bien en train de sortir du nucléaire, mais c’est grâce au charbon et au gaz. Sa production d’électricité d’origine solaire et éolienne reste marginale alors que ses émissions de CO2 par habitant atteignent près du double de la moyenne des Français, et elles ne sont pas près de baisser. Si l’Allemagne ne réussit pas sa transition énergétique, ce n’est pas faute d’argent investi, ni faute de technologie, ni suite à un complot orchestré par des lobbies pour empêcher le déploiement des énergies renouvelables, mais bien parce qu’il existe un plafond technologique et économique qui l’en empêche. L’Allemagne l’a compris et le reconnaît publiquement, ce qui montre que le réalisme allemand ne s’exprime pas que dans le domaine du football.

Aussi ce sont des centaines de milliards d’euros qui sont en jeu, et les intérêts privés ne sont jamais très loin. Les grandes manœuvres que l’on observe ont très peu à voir avec l’écologie, et les lobbies ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Qui sait
que la sortie du nucléaire en Allemagne a été encouragée par le puissant lobby du charbon, dont ce pays possède la deuxième réserve d’Europe ? Qui sait que les initiateurs de cette politique, Gerard Schroder et Joska Fisher (ministre écologiste allemand) se sont reconvertis pour le premier pour Gazprom et pour le second dans la construction de gazoduc ? Qui a eu l’idée de comparer les chiffres d’affaires d’un géant du gaz comme Gazprom et celui d’Areva, certes géant du nucléaire, mais
véritable nain comparé à ses homologues des hydrocarbures (100milliards pour Gazprom contre 10milliards pour Areva...) ? En France, ce sont surtout les rentiers du gaz, énergie qui capitalise plus de profits que le nucléaire, qui sortiront gagnants
d’une éventuelle décision d’arrêter nos centrales.

Cependant, d’autres modèles existent : la France justement, pays qui affiche des performances en émission de CO2 parmi les meilleures du monde développé, tout en ayant une consommation d’énergie et un niveau de vie comparable. Notre pays montre
une voie intéressante à suivre, et peut contribuer à résoudre la difficile équation énergétique au niveau mondial. Elle fait d’ailleurs écho à de nombreuses recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour limiter le réchauffement climatique, comme entre autres l’utilisation de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables, tout en prenant des mesures d’efficacité énergétique.

Rappelons que le PCF a rédigé une contribution intitulée « Pour une transition énergétique réussie » disponible sous forme de brochure [2] et qui rejoint
de nombreux textes parus dans Progressistes

Ces réflexions pointent les vrais rapports de force dont les motivations sont essentiellement d’ordre économique. Cela éclaire aussi d’une lumière nouvelle les campagnes montantes diabolisant tel ou tel modèle énergétique, en instrumentalisant les peurs, avec en ligne de mire, toujours et encore, ce qui reste du service public de l’énergie et de notre industrie. Car la vraie bataille est bien là : que les citoyens s’emparent de cette question, et sortent ce secteur des griffes du marché pour s’engager dans une transition énergétique répondant vraiment à l’intérêt général.

Amar Bellal, rédacteur en chef de Progressistes

Voir en ligne : éditorial de la revue "progressistes"

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