Plein la vue doit bien regarder...

, par  Pierre-Alain , popularité : 26%

Le collectif plein la vue, réagit à l’article du Progrès faisant suite au dernier conseil municipal et dont j’ai déja parlé

« Nous déplorons que la mairie ait renouvelé cette DSP et ait autorisé de nouveau l’implantation de 16 panneaux de 8m2 (qui en font en fait 10,5 m2 avec les bordures). -...) Si le Collectif Plein La Vue salue le refus des panneaux numériques, il regrette le manque d’ambition de la mairie sur l’affichage publicitaire actuel.
L’argument de la mairie selon lequel l’afficheur expose gratuitement des campagnes pour la collectivités ne tient pas : ces visuels sont quasiment toujours du côté le moins passant, il y a très peu de visibilité pour la collectivité et beaucoup pour la publicité commerciale. (...) Il s’agit donc simplement de privatiser gratuitement l’espace public au profit des afficheurs en échange d’informations communales quasi invisibles.

Évidemment, on peut comprendre la position de refus total de la publicité dans l’espace public. Cela dit, le collectif plein la vue devrait prendre en compte le bilan de cette délibération
- d’abord, 25% de panneaux d’affichage en moins, ce qui les réduit à 16 panneaux sur 20 kilomètres de voies rapides et 14 km d’autres voirie. Ce n’est pas beaucoup, et même si on ne compte que les voies structurantes, cela fait moins d’un panneau au kilomètre !
- ensuite le refus de la publicité numérique, qui est au cœur des discussions du règlement local de publicité, et dont on sait que la pression est très forte pour la développer partout.
- enfin, un marché qui est rédigé justement pour avoir plus de capacité de négociation sur le service rendu pour l’affichage de la commune. Contrairement à ce que dit le communiqué du collectif, si les visuels ville sont souvent du mauvais coté du panneau aujourd’hui, ce sera un des éléments de mise en concurrence et de négociation, et on espère bien avoir au final plus d’affichage public et moins de publicité qu’aujourd’hui. C’est pourquoi la délibération, après discussion de la coordination des trois adjoints concernés, demande 50% minimum pour l’affichage public, en espérant que la mise en concurrence permettra d’obtenir plus
- loin de seulement "privatiser gratuitement" l’affichage public, il y a bien une contrepartie qui est tout sauf gratuite pour l’afficheur. Elle représente un coût évalué à 80K€ par an si la ville devait réaliser elle-même cet affichage, poser des panneaux, imprimer, afficher...

L’alternative aurait été de supprimer totalement ce marché, et il aurait fallu alors financer par le budget ville cet affichage public. Dans le contexte de pressions sur les dépenses publiques, c’était un pari risqué.

Certains diront : l’affichage public est-il nécessaire ? Il n’y a aucun doute, et tout ceux qui ont contribué à la semaine de la propreté, à la semaine du développement durable, ou à d’autres initiatives de ce type savent que la communication est vraiment cruciale, et qu’une campagne d’affichage sur grand panneau est un des outils de communication efficace. Il y a d’ailleurs souvent discussion pour définir les priorités compte tenu du nombre limité de campagnes possibles et du nombre d’initiatives qui le mériteraient, mais qui ne peuvent pas toutes en bénéficier !

Le débat reste ouvert, et on peut penser qu’il était possible d’aller plus loin. Mais on verra ce qui sera délibéré dans d’autres communes et à la métropole. Je pense que le compromis décidé à Vénissieux sera sans doute un des plus favorables à ceux qui veulent limiter la place de la publicité.

Le collectif plein la vue connait bien la position de la ville qui lui a répondu deux fois, en mai et en octobre 2018 pour présenter son avis sur le règlement local de publicité, et le collectif sait donc bien que la ville s’inscrit dans une réduction de la place de la publicité dans l’espace public, notamment numérique, y compris sur les toits, derrière les vitrines...

Le journal le progrès reprenait la critique très politicienne des élus écologistes reprochant aux élus communistes de ne pas s’opposer au capitalisme. C’est assez amusant de la part de ceux qui ne proposent que les règles du marché, de la déréglementation, de la marchandisation et des taxes, donc au final du "capitalisme vert" pour organiser la transition énergétique !

Les communistes veulent bien être "plus communistes", mais ce ne sont pas des idéalistes. Ils combattent le système capitaliste en remontant aux causes de ce système inégal et pas seulement à ses effets. On ne supprimera pas la publicité en l’interdisant dans le capitalisme, mais en renversant le rapport de force dans le système économique pour ce que ce ne soit plus les élites qui décident de quoi produire en fonction du profit attendu, et ensuite de comment le vendre, mais que ce soit les travailleurs qui décident quoi produire pour répondre à leur besoins... Même si une mesure salutaire d’un gouvernement de rupture politique serait de taxer lourdement la publicité.

Pour un monde sans argent, sans armée, sans police, et sans publicité, il faudra de longs siècles de civilisation débarrassée de la domination des oligarchies économiques. Mais pour les affronter dans le monde tel qu’il est, les collectivités locales peuvent être un appui considérable, justement quand elles sont dirigées par ceux qui veulent clairement un changement de société, et elles ont besoin de communiquer, d’exister dans ce monde de l’image et de la représentation.

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...

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