Une recomposition politique pour que rien ne change ?

, par  Pierre-Alain , popularité : 55%

« Il faut que tout change pour que rien ne change. »

Tout le monde connait cette phrase célèbre immortalisée par Alain Delon dans le film de Visconti Le Guépard. Il joue un jeune aristocrate sicilien qui participe à la période révolutionnaire et qui explique au prince (Burt lancaster)

« l’aristocratie ne doit pas rester en retrait dans la bataille qui s’engage, mais prendre place, jusque dans les troupes du républicain Garibaldi, pour éviter que ne soit instauré un régime qui lui serait hostile : la république. »

Tout est dit de ce vieux jeu du pouvoir, enfin, de ceux qui ont le pouvoir et qui savent quand il faut faire comme si tout allait changer, afin de s’assurer de continuer le jeu du pouvoir, du seul pouvoir qui compte, celui qui est capable de mobiliser de puissants moyens pour orienter la vie économique et politique, pour nous aujourd’hui, le pouvoir des grands actionnaires.

Dans ces "recompositions", il y a les acteurs, ceux qui recomposent, et le public, celui qui est supposé croire à ce qu’on lui dit, les électeurs.

Qui se rappelle du nom du parti créé par Chirac après le choc de la deuxième place de Jean-Marie Le Pen au premier tour des présidentielles de 2002 ? C’était déjà une recomposition de la droite qui créait l’UMP... renommée Les Républicains par Sarkozy dans la perspective des présidentielles de 2017...

Mais du RPR à l’UMP, de l’UMP aux Républicains, et peut-être demain à la "maison bleue", le nom que Juppé voulait lui donner, qu’est-ce qui change ? Pas les idées, pas les projets... Derrière le renouvellement naturel des générations, les slogans et les effets d’annonce, ce sont toujours les mêmes objectifs : réduction des dépenses publiques et privatisations, tous les droits aux entreprises et remise en cause du droit du travail, réduction de l’état aux fonctions régaliennes répressives et abandon de fait de toute ambition d’égalité et de fraternité, mondialisation, soumission à l’OTAN militariste et abandon de toute politique étrangère indépendante...

Il y avait un précédent historique... François Mitterrand qui recompose la gauche en créant le parti socialiste en 1971, sur une stratégie d’union de la gauche qui allait lui permettre de mettre le parti communiste sur la touche, de créer l’immense espoir de changer la vie en 1981, espoir vite rogné avec le tournant de la rigueur en 1983, puis détruit avec les privatisations, que Jospin accélère en 1997... Tout a changé en 1981 pour que rien ne change du point de vue de l’emploi, des inégalités, des conditions de vie... Tout a continué de se dégrader pour ceux qui travaillent, et tout a continué d’aller mieux pour ceux qui jouent avec l’argent... Le chômage augmente constamment depuis les années 60, et aucun changement politique n’a remis en cause cette tendance lourde à la précarisation de la vie économique. Les deux derniers présidents de la république, Sarkozy et Hollande sont à égalité...un million de chômeurs de plus chacun !

La recomposition politique de 2017 ne sera pas différente...
- peut-être que les républicains changeront de nom pour sortir de leur éclatement entre centre et extrême-droite....
- peut-être que le Front National changera de nom espérant devenir le grand parti de droite opposé à Macron
- peut-être que le parti socialiste changera de nom car le PS de 1971 ne sert à rien, il n’y a plus d’union de la gauche utile pour Macron...
- peut-être même que le parti communiste changera de nom, tant ses dirigeants ne savent plus derrière quel leurre médiatique cacher leur incapacité à faire vivre un parti communiste....

Mais tous ces changements ne feront que prendre acte de la fin de la longue période de l’union de la gauche qui au final aura servi à masquer derrière un formidable espoir, une réalité bien cynique, faire passer la mondialisation, la faire accepter au peuple de France, malgré les divisions et les violences qu’elle génère... bref, faire en sorte que rien ne change pour ceux qui sont les gagnants...

Jean-Luc Mélenchon dans son bilan raisonné de 1981donne une lecture historique de cette longue période qui me semble très utile, sauf que j’en conclus de mon coté, non pas qu’il faut trouver un nouveau Mitterrand et un nouvel espoir insensé de "changer la vie" par les élections, mais qu’il faut tirer les enseignements de cet échec douloureux et reconstruire une véritable démocratie politique et économique qui repose sur l’intervention réelle et concrète du plus grand nombre. C’est bien un changement de société, une "révolution" donc, qui est nécessaire, et elle demande autre chose qu’une énième recomposition politique de la "gauche"...

Pour ma part, je suis convaincu que le chemin le plus court est de travailler à la reconstruction d’un grand parti communiste, mais dans l’immédiat, il y a un réflexe nécessaire. il faut tout faire pour que les législatives n’aggravent pas le résultat des présidentielles !

La majorité des 21 millions d’électeurs de Macron ont voté contre le FN et 16 millions de Français n’ont pas participé au choix... quand 11 millions se faisait prendre au discours anti-système de Marine Le Pen... Bref, personne n’a choisi un projet politique et évidemment pas celui très à droite de Macron...

Il y a donc un double risque les 11 et 18 juin prochain pour les législatives, permettre à Macron de créer sa majorité gauche ET droite et laisser ainsi Marine Le Pen prendre le rôle d’opposant principal. Il faut donc partout ou c’est possible battre et le candidat du FN et les candidats de droite, que ce soit de la droite LR ou de la gauche-droite LREM...

Dans la 14eme circonscription du Rhône, c’est possible avec Michèle Picard et ce serait un signal politique national de grande importance pour dire que le peuple n’est pas dupe de ces recompositions, qu’il reste capable de refuser, de résister, d’agir pour créer les conditions d’un vrai changement, d’un changement de société....

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