biodiversité et socialisme... Institut Vavilov : l’ange gardien de la biodiversité végétale habite à Saint-Pétersbourg

, par  Pierre-Alain , popularité : 23%

J’ai découvert récemment une histoire incroyable, qui montre à quel point notre lecture médiatique de l’histoire et du monde est pauvre, dominée par une idéologie agressive qui se moque de la vérité et de la diversité des connaissances.

On peut la résumer par cette affirmation qui mérite des commentaires

"la biodiversité des légumes lyonnais a été sauvée par un agronome soviétique de Léningrad..."

Les faits sont simples... C’est à Saint-Petersbourg, anciennement Léningrad, que se trouve une des plus grandes banques de semences du monde, et on y a retrouvé des dizaines d’anciens légumes lyonnais, dont la batavia de Pierre-Bénite...

Mais pourquoi ? La Russie est un immense pays qui connaissait des famines périodiques, suite à des maladies qui détruisaient récoltes et semences des paysans... Après la guerre civile menée contre la révolution soviétique, l’autonomie alimentaire est cruciale, et ce sera un des enjeux de l’organisation socialiste mouvementée de l’agriculture avec les sovkhozes (fermes d’état) et les kolkhozes (coopératives).

En occident, on critique le plus souvent cette organisation qui aurait tout misé sur la mécanisation, l’industrialisation, en oubliant son bilan... Bien que moins industrialisée que les grands céréaliers US ou australiens, elle a sortie la Russie de son histoire endémique de famine...

Cependant, la surprise vient au contraire de la prise en compte de la biodiversité par une agronomie soviétique très vite mobilisée pour protéger l’agriculture des attaques périodiques de la nature... La réponse historique qu’a apporté le grand agronome Vavilov dans les années 30, c’est justement la recherche de la biodiversité... idée qui n’est revenue en occident que récemment...

Une note de lecture de Jean-Claude Flamant, de la Mission Agrobiosciences de la région Midi-Pyréennées, sur le livre "Aux sources de notre nourriture. Nikolaï Vavilov et la découverte de la biodiversité ; par Gary Paul Nabhan ; Editions Nevicata, Bruxelles."

Nikolaï Vavilov fut l’un des premiers scientifiques à comprendre l’importance essentielle de la diversité biologique pour assurer la sécurité alimentaire de l’humanité. Pendant des années, il parcourut le monde, explorant les cinq continents, des glaciers du Tadjikistan aux forêts d’Amazonie, des déserts d’Éthiopie aux plaines d’Italie, collectant inlassablement des centaines de milliers de semences, dans l’espoir d’identifier les "centres d’origine de la biodiversité". En quelques années, il allait ainsi créer à Saint-Pétersbourg la plus grande banque de semences au monde

Passons sur la légende qui veut que les agronomes soviétiques aient sauvés les collections de graines sous les bombardements, passons aussi sur la fin de Vavilov condamné pendant la guerre et qui mourra au goulag, il reste que cet institut, créé par Vavilov et qui porte toujours son nom, ses collections de graines, et sa contribution scientifique à la compréhension de la biodiversité vont perdurer jusqu’à nous...!

Et c’est ainsi qu’un "jardin Vavilov" a été créé à Ecully par Emmanuel Mony, directeur de Tarvel, et Stéphane Crozat, directeur du CRBA, après un voyage à Saint-Pétersbourg pour signer une convention de coopération.

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Le jardin Vavilov est constitué d’une première « collection lyonnaise » faite de variétés créées en région Rhône-Alpes entre le 19e et le 20e siècles. Parmi les légumes ressuscités grâce à Vavilov, on retrouve le haricot lyonnais à longue cosse, la laitue batavia de Pierre-Bénite, le blé barbu du Haut-Beaujolais, le navet noir de Caluire et la courge blanche de Lyon.

La deuxième partie du potager est dédiée à des variétés russes anciennes, récoltées lors d’une expédition scientifique franco-russe dans le Caucase, en août 2015. On y retrouve notamment le melon Tamanskaya, la coriandre Koubanski, le poivron Trompe d’éléphant, l’amarante étalée et la tomate Agata.

Cela me conforte dans l’idée que les semences devraient faire l’objet d’un service public garantissant leur préservation de long terme, et leur mise à disposition des agriculteurs, des jardiniers, des passionnés...

Au moment ou tant de gens veulent nous convaincre que rien n’est possible, qu’il faut se résigner à ce monde infernal, voila qui nous montre au contraire que des histoires certes individuelles, mais dans une démarche collective, un effort de connaissance peuvent améliorer la vie de tous, et servir l’intérêt général à long terme...

Oui, demain n’est pas écrit ! [1]

Voir en ligne : vavilov

[1j’ajouterai quand même... décidément, le socialisme soviétique ne se résume vraiment pas à l’horreur que nous décrivent les discours occidentaux officiels...

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...

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