Conseil municipal du 15 mai 2017

Appel aux parents contre la banalisation de la guerre

, par  Pierre-Alain , popularité : 45%

Cette délibération permettra à la ville d’être partie prenante de l’action en justice, et on espère avoir confirmation que l’état conduit cette action avec toute la sévérité nécessaire. On sait tous ici que le procureur de la république n’hésite pas à poursuivre y compris en appel des militants syndicalistes comme Pierre Coquan, pour une simple distribution de tract à un péage, on ne comprendrait pas qu’il n’use pas de tous les moyens de la loi pour faire respecter les Vénissians et la ville contre un provocateur qui s’est permis de "privatiser" pour son clip le parc des Minguettes appelant au vandalisme et à la violence urbaine, et privant les habitants de leur parc pendant des heures... .

Quoi qu’on pense de ses textes, de leur valeur de rap ou de leur contenu, en général très banal en fait, la logique de la marchandisation liée à la visibilité d’un clip vidéo dans les réseaux est un cercle infernal qui pousse à montrer toujours le pire. C’est ainsi en montrant des armes de guerre, des situations de violences, notamment contre la police et les services publics, que ce rappeur cherche à toucher les royalties de l’intérêt médiatique, autrement dit à faire du business, bien loin de toute ambition culturelle, politique ou sociale.

C’est pourquoi nous voulons lancer un appel aux parents notamment des quartiers populaires pour refuser cette banalisation de la guerre comme imaginaire pour nos enfants.

Cela n’a rien à voir avec les cowboys et les indiens, Robin des bois ou la guerre des boutons, il s’agit bien d’images de guerre qui imite celles qu’on voit à la télévision, qui font croire qu’un héros c’est celui qui a une arme, la plus grosse possible et qui n’hésite pas à tirer. On n’est pas très loin du contenu des vidéos djihadistes qui habituent à la pire violence pour tuer toute sensibilité, toute empathie pour les autres. Il s’agit en fait d’une véritable pornographie de la guerre.

Il faut dire que ce n’est pas une question de rap. On peut aimer ou pas le rap, mais nous sommes ici nombreux à avoir l’age du rock ou du punk et pour certains à aimer un rap qui a redonné au texte une place qu’il avait perdu dans le rock. La violence qui existe dans la réalité, et qui est évoquée quotidiennement dans les médias avec les actualités a évidemment sa place dans la culture sous des formes diverses. Toute la question est de savoir s’il s’agit de la révéler, la dénoncer, la critiquer, l’analyser, et donc d’une manière ou d’une autre d’en montrer la part d’humanité ou au contraire de la célébrer, d’en nier justement toute part d’humanité.

Dans ce clip, on est bien loin de Kerry james qui rappe "La rue ça fait mal" et qui, dans "je ne suis pas un héros", nous dit

Je n’ai pas vendu ma révolution au plus offrant
Le succès m’a fait du pied, la fortune des clins d’œil
Mais pour cela je devais jeter mon intégrité dans un cercueil
J’ai refusé

ou les NAP qui préviennent

Le simple fait que des fois je hais la police
Montre que des gens comme toi peuvent basculer

C’est Akhenation, le rappeur historique de IAM qui fait l’analyse la plus juste de cette situation :

les gamins des quartiers n’ont majoritairement plus aucune conscience sociale, ni politique. Ils veulent ressembler à « monsieur tout le monde », mais version riche. Car les formidables émissions télé qu’ils affectionnent leur rabâchent que l’apparence est primordiale, la forme l’emporte sur le fond. Du coup, ils veulent la femme avec la parfaite plastique, l’appart, la grosse voiture, les vêtements chers, et si possible : la rolex… Et si certains d’entre eux sont délinquants pour pouvoir accéder à leur idéal, ce ne sont pas des « robin des bois », ce sont des délinquants ultra-libéraux.

Samedi à Nice, la séance de dédicace de Elams a tourné en pugilat, et comble l’irone, le rappeur a été extrait de la foule par la police, qui a été immédiatement attaquée bien sûr. Et pendant que cet imbécile fait croire qu’il représente une partie de la jeunesse des quartiers pour gagner son fric, une jeune fille afghane a fuit la guerre dans son village en rappant pour dire sa colère et sa volonté de vivre et de faire sa propre vie. Elle s’appelle Sonitaet est extraordinaire... Allez voir ce film qui raconte son histoire en Iran en butte aux contrôles policiers et à la difficile recherche d’un logement, comme à la pression de sa famille qui veut la "marier" contre 9000€, autrement dit la "vendre", tradition afghane... et qui s’en sort par le rap.

Une recherche internet hier donnait pour Elams 4 millions de résultats et pour Sonita, seulement 370 000.. Tant que les médias préfèreront parler des Elams au lieu des Sonita, et tant que les lecteurs regarderont ce rap qui tue au lieu de celui qui lutte...

A nous de faire vivre autre chose dans l’imaginaire de nos enfants, même pour parler de la violence.

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...

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