Internet, un rêve ancien en voie de disparition...

, par  Pierre-Alain , popularité : 10%

Travaillant sur la transformation de sites internet auxquels je contribue, j’ai échangé avec d’autres responsables d’édition de sites internet. J’ai découvert que la pratique des "fils d’information" est en train de disparaître, au profit des "notifications" à la mode des réseaux sociaux.

Techniquement, internet avait développé des outils pour mettre à disposition de tous dans la toile, des flux d’informations sur les nouveautés proposées par un site. Cela s’appuyait sur des normes appelées rss, atom... Tout le monde pouvait ainsi lire sous une forme simplifiée les nouvelles de tous ceux qui publiaient de tels "fils d’information". Il existait même des outils pour "agréger" plusieurs fils, et on pouvait ainsi sur une seule page personnelle voire défiler les informations de tous les sites qu’on souhaitait suivre.

Or, des sites récents ne proposent plus ces "fils d’informations" et demandent de s’inscrire sur son téléphone avec un compte dédié au site pour recevoir des "notifications" comme celles qu’on reçoit des applications installées sur son téléphone, technique développée par les grands réseaux sociaux que tout le monde connait et qu’on résume dans un sigle, les "GAFAM"...

En fait, le poids des réseaux sociaux et de leurs notifications a écrasé la technique du fil d’infos...

Cela pourrait sembler anecdotique et sans importance. Mais je crois que c’’est assez représentatif de l’évolution d’internet dans un sens qui pousse à moins de liberté et en fait à transformer internet en autre chose...

Internet était une toile mondiale ouverte, neutre, où tout élément était accessible avec une adresse globale qu’on appelait une "URL", adresse que tout les autres pouvaient utiliser librement. Il suffisait d’avoir un logiciel comprenant le langage HTML pour lire ce nouvel univers qui a explosé depuis les années 90 jusqu’à... ces dernières années. Tout était librement lisible par tous...

Les réseaux sociaux ont réussi à imposer l’inscription pour rendre le lecteur captif et désormais, on ne surfe plus librement sur le net, on s’inscrit dans un service... fermé. On ne choisit plus le site qu’on va voir, on est attiré par les notifications et suggestions qu’une intelligence numérique a calculé pour nous.

J’ai souvent proposé à mes amis de réfléchir à ce paradoxe. Nous avons des millions d’informations accessibles chaque jour, et pourtant nous croyons avoir accès à tout sur de petits écrans qui tiennent dans notre poche. Mais qui choisit parmi des millions les quelques uns qui sont visibles ? Le métier de journaliste est justement le métier de choisir, filtrer, trier, placer des informations nombreuses pour les rendre lisible, les mettre en page en les hiérarchisant, les contextualisant... Quand on lit un journal (papier ou numérique), on sait qu’on lit le point de vue du rédacteur en chef qui a décidé d’une "ligne éditoriale". On peut d’ailleurs lire plusieurs journaux pour comparer et se faire sa propre opinion. Les réseaux sociaux nous donnent l’illusion que nous choisissons tout seul en "aimant", "cliquant", acceptant une notification... Mais en fait, il y a toujours des "algorithmes" qui décident ce qui est affiché, ce qui est mis en premier... On croit ainsi être libre sans rédacteur en chef, simplement parcequ’on ne sait pas qui est le rédacteur en chef. Ce rédacteur en chef nouveau qui est bien toujours là, caché au loin derrière les serveurs des grands réseaux, n’intervient pas directement sur le contenu, mais sur les règles, les critères que les algorithmes utilisent.

Nous passons ainsi progressivement à un macro-réseau de grands serveurs qui captent les flux pour les valoriser... Pour lire la plupart des pages des grands réseaux sociaux, il faut accepter le contrôle d’identité à l’entrée... et si les pseudos ont pu faire croire que ce n’était pas grave, la réalité est bien que ces grands réseaux en savent plus sur nous que les plus grands services spéciaux étatiques ! D’ailleurs, quand il faut chercher à comprendre comment un virus se propage, on ne demande pas aux médecins de villes, au réseau d’infirmières, mais on demande aux grands réseaux sociaux qui nous tracent, de dire qui a croisé qui, quand, combien de fois... Assez amusant d’entendre certains protester avec énergie sur un éventuel traçage par une application publique, en l’exprimant justement sur ces réseaux privés qui les tracent partout et tout le temps, tout en validant des dépenses de cartes de paiement... sur leur téléphone justement, tracé bien sûr !

Au passage, techniquement, cela conduit à concentrer les pages vues sur d’énormes serveurs très consommateurs énergétiquement, de véritables usines qui s’éloignent de l’idée d’origine de la robustesse d’un réseau indestructible... il faut finalement peu de bombes pour démolir totalement les GAFAM.. ;-o)

C’était un billet d’humeur...

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...

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