La démocratie communale au Vénezuela Enregistrer au format PDF

Dimanche 4 janvier 2026

Décidément, les dirigeants occidentaux sombrent dans la dégénérescence politique, malheureusement et dangereusement assis sur un tas de bombes. Quand le fou qui dirige les USA bombarde une capitale et enlève un dirigeant, le président français applaudit, et beaucoup se demandent juste comment profiter des richesses vénézuéliennes. Trump annonce la couleur, les pétroliers US vont gérer les énormes réserves pétrolières de ce pays. Enfin, c’est ce qu’il dit, préparant les prochaines élections…

Les dirigeants occidentaux croient pouvoir décider de qui doit diriger ce pays, faisant fi de la complexité humaine et politique de ce pays, comme s’ils ne tiraient aucune leçon de l’Afghanistan à l’Irak ou la Libye. Partout, le modèle « démocratique » que l’occident prétend apporter dans ses bagages militaires n’a eu comme seul résultat que la corruption, l’accaparement des ressources, les guerres tribales, et de fait le recul démocratique.

Car si les conflits politiques au Vénézuela ont été exacerbés, si une large part de l’opposition a choisi l’insurrection, souvent armée, s’appuyant sur l’extérieur et bien sûr, le soutien massif des USA, si des millions de vénézuélien ont fuit le pays devant la misère et la violence, la réalité depuis deux ans est le retour à la normale, y compris le retour d’expatriés, avec un développement économique sans précédent pour l’Amérique Latine, notamment pour assurer l’autosuffisance alimentaire inconnue jusqu’alors, et les exportations de pétrole qui étaient en fortes hausses, objet principal de l’agression militaire US.

Alors, prenez le temps de lire un paragraphe de l’interview de Nicolas Maduro par le journaliste Ignacio Ramonet le 31 décembre 2025, deux jours avant l’intervention US. Il aborde de nombreux sujets, mais l’un me parait le plus important pour ceux qui entendent parler de dictature de Maduro… Je ne connais pas de dirigeant occidental qui s’exprime ainsi sur la démocratie au plus près des citoyens, la démocratie communale.

Interview de Nicolas Maduro par Ignacio Ramonet le 31 décembre 2025…

IR : Monsieur le Président, je souhaite aborder un autre sujet insuffisamment discuté : l’originalité du modèle politique vénézuélien. Cette année, en 2025, vous avez fortement mis en avant l’État communal, et je vous demande, dans le contexte actuel de nombreuses menaces pesant sur le Venezuela, pourquoi avoir choisi de renforcer l’autogestion populaire plutôt que de centraliser le pouvoir ? La Commune est-elle la réponse politique bolivarienne au modèle démocratique libéral dominant en Occident ? Envisagez-vous un nouveau modèle spécifique de démocratie vénézuélienne ?

Nicolás Maduro : Je crois que ce modèle est né avec Le Livre Bleu (2). Dès 1990, le commandant Chávez parlait de « démocratie bolivarienne », de démocratie populaire. Sans aucun doute, la démocratie occidentale, la démocratie classique qu’ils qualifient de libérale, est arrivée à un point de non-retour. Elle ne représente plus le peuple ; ce sont des démocraties sans peuple ; des démocraties manipulées, facilement manipulables ; des démocraties pour les minorités ; et, de plus en plus, des démocraties qui fonctionnent selon les intérêts des milliardaires et des grandes entreprises… Ce sont des démocraties soumises à la manipulation des réseaux sociaux, à la manipulation émotionnelle qu’ils opèrent. Par conséquent, la communauté, le citoyen, n’a aucun pouvoir dans ces démocraties. Fondamentalement. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existe aucune expérience positive dans ce qu’ils appellent la « démocratie occidentale ». Bien sûr que si.

Nous, dès le début, nous avions ici notre propre projet original, inspiré par Bolívar, Simón Rodríguez et Ezequiel Zamora. Le commandant Chávez, dans Le Livre Bleu propose de refondre la démocratie par un processus constituant populaire. Et de repenser la formule démocratique pour construire une démocratie au quotidien. Une démocratie permanente. Une démocratie du peuple. Où le pouvoir absolu appartient au peuple. Et qu’est-ce que le pouvoir ? Premièrement, le pouvoir politique. Décider. Décider des politiques publiques. Deuxièmement, le pouvoir économique. Décider des budgets. Décider du budget national. Et troisièmement, le pouvoir de la culture. Le pouvoir de l’éducation. Voilà ce que nous construisons. Le commandant Chávez a fondé les Conseils communaux. Et tu te souviens sans doute comment Chávez me l’a confié, et à tous. Il m’a dit : « Nicolas, me saisissant l’épaule, je te confie le projet des communes comme si je te confiais ma propre vie. »

Quand il a dit ça, j’ai ressenti le poids de siècles tomber sur mes épaules, j’étais juste à côté de lui… Mais heureusement, notre peuple a pris ce poids sur ses épaules, et maintenant il ne me pèse plus. Voyez, mes épaules sont libres, car notre peuple pratique désormais la démocratie directe.

Concrètement, cette année, nous avons tenu quatre consultations nationales organisées par les autogouvernements communards qui décident, votent pour leurs projets. Bien sûr, pour l’AP, EFE, CNN, UPI, AFP, pour les médias occidentaux, notre démocratie directe n’existe pas. Pour eux, il n’y a qu’une attaque constante contre le Venezuela bolivarien. Mais je lance un défi à quiconque souhaite débattre, quel que soit son nom, quelle que soit sa position : je les invite à débattre dans n’importe quel quartier de Caracas, à débattre avec notre peuple, pas avec moi. Qu’ils débattent avec le peuple. Ainsi, ils pourront constater comment se construit une nouvelle démocratie.

Nous ne prétendons pas être un modèle pour qui que ce soit, mais nous sommes fiers de ce que nous construisons. Les gens s’émancipent, tracent leur propre chemin et se développent. Nous avons mené quatre consultations, une par trimestre, et cette année, nous avons également approuvé 33.000 projets communaux qui ont été financés et réalisés. Il s’agit notamment de travaux publics, de centres de santé, de dispensaires, d’écoles, de lycées, de routes, d’autoroutes, d’infrastructures, de centres pour personnes âgées, de centres de jeunesse, et bien plus encore. Il s’agit de résoudre les problèmes.

D’où viennent les projets ? De l’assemblée de quartier. Et comment sont-ils approuvés ? Pas par un maire, ni par un ministre, ni par un président. Ce n’est pas moi qui les approuve pour cette commune ; je ne dis pas : « Écoutez, faites ceci pour nous », non. C’est le peuple qui les approuve par son vote. 33.000 projets… Plus de 330 millions de dollars ont été investis. D’où viennent ces 330 millions de dollars ? Leur équivalent en bolivars provient des 14 moteurs, des impôts perçus, des exportations, du pétrole, des pétroliers qui partent… Tout cela est ensuite transformé en travaux d’intérêt général ; cela apporte des solutions aux besoins.

Je crois donc que nous construisons une démocratie dynamique et continue de participation directe, où le pouvoir appartient au peuple et où seul le peuple décide. C’est pourquoi je fais mienne la phrase de Chávez : « Ce n’est pas un homme, c’est un peuple. » Ce n’est pas Maduro, c’est une République, c’est un peuple. Ce que fait Maduro, c’est être le relais d’un pouvoir qui est le pouvoir du peuple. »

IR : Combien y a-t-il actuellement de communes dans le pays ?

Nicolás Maduro : Il existe 49.000 conseils communautaires et 4100 communes. Cependant, nos consultations trimestrielles sont organisées en 5.336 circuits communaux. Comment cela fonctionne-t-il ?

Dans les communes, la commune coordonne les conseils communaux : on parle alors de circuit communal. Là où il n’existe pas encore de communes, des circuits communaux sont mis en place pour permettre aux citoyens de voter et de décider. C’est donc un modèle que nous avons développé nous-mêmes. Nous ne l’avons copié de personne.

IR : Et cela est-il vrai aussi bien en ville qu’à la campagne ? Aussi bien dans la capitale que dans les États ?

Nicolás Maduro : Oui. Du nord au sud, d’est en ouest. Que vous alliez dans la montagne la plus reculée, dans le hameau, à la campagne, dans n’importe quel quartier, vous y trouverez un conseil communal, une commune, un porte-parole, une direction. 70 % des postes de direction sont occupés par des femmes.

L’objectif est donc d’atteindre en 2026 le big bang du pouvoir démocratique du Venezuela.

Voir en ligne : Interview complète sur le blog de Ignacio Ramonet

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