Les médias, la chambre régionale des comptes et le fondamentalisme Islam fondamentaliste aux Minguettes : ce n’est pas le rapport qui accuse !

, par  Pierre-Alain , popularité : 6%

Les médias ne tiennent aucun compte de la crise démocratique que vit notre pays. Ils sont pourtant directement concernés par la crise de confiance envers les institutions. En fait, ils en font partie. Ils sont ce "quatrième" pouvoir qui décide de quoi on parle, ce qu’on lit, ce qu’on écoute...

Les exemples sont multiples depuis les grands dossiers internationaux liés aux guerres jusqu’au quotidien et au local. Au plan international, on se rappelle de l’opération médiatique des charniers de Timisoara qui se sont révélés un montage mensonger, mais qu’aucun média qui en avait pourtant fait sa une n’a jamais dénoncé, des "armes de destruction massives" en Irak, ou la justification de la guerre en Lybie qui a détruit un état et propagé la guerre djihadiste jusqu’au Mali.

La fracture démocratique qui en résulte pousse de plus en plus de citoyens à chercher leurs informations ailleurs, sur les réseaux et les sites internet, avec d’ailleurs beaucoup de sources utiles et pertinentes, mais aussi le pire, les fausses nouvelles, les délires complotistes, les mafias et les sectes, les intégrismes qui se cachent derrière des bons sentiments pour attirer le badaud... Le journalisme est un travail, qui demande des journalistes et des règles, vérifier ses sources, les croiser, identifier les intérêts en jeu dans un sujet, éclairer les contradictions et les points de vues pour permettre au lecteur de se forger une opinion de citoyen. Malheureusement, les journalistes ont de moins en moins la possibilité de faire ce travail et doivent se contenter de répéter des dépêches, de traiter les rumeurs et les modes...

Cette dérive se ressent de plus en plus sur les informations locales, impactées par cette maladie médiatique du "buzz" qui pousse la confiance à la baisse envers les journaux et télévisions. Il y a quelques années, le journal "Le Progrès" avait un slogan, "si c’est vrai, c’est dans le progrès". Ce temps est bien loin car les unes du Progrès sont désormais uniquement guidées par la recherche "du poids des mots et du choc des photos".

Ainsi, cette une du Progrès du 3 janvier 2020 "Islam fondamentaliste aux Minguettes : le rapport qui accuse ". Comme souvent, le texte de l’article est plus équilibré que le titre, donne la parole à différentes personnes. Mais beaucoup de lecteurs ne retiennent que le titre et se demandent "mais quel est ce rapport sur l’islam fondamentaliste ?"

Et bien, le journaliste a choisi de commenter 1 page d’un rapport de 776 pages dont 92 sur les minguettes. Ce rapport de la chambre régionale des comptes porte sur le bilan de la "politique de la ville" dans 8 quartiers prioritaires en France, dans le Nord, la région parisienne, la Loire, le Vaucluse, et donc le Rhône.

762 des 769 pages du rapport sont consacrées au logement, aux écoles, aux transports, à l’emploi, à l’urbanisme... bref à tout ce qui fait la vie de ces 8 quartiers. Et pour 5 quartiers, il y a un endroit où le rapport évoque la question de l’islam fondamentaliste et de son impact. Pour Vénissieux, une page sur les 92 consacrées aux Minguettes. D’ailleurs cette page n’accuse pas, il n’y a pas d’accusé, et certainement pas la politique de la ville qui fait l’objet du rapport. Elle fait un constat rapide à partir de témoignages, comme élément du contexte de la politique de la ville.

Bien entendu, ce sujet mérite d’être discuté. Depuis des années, les maires successifs de Vénissieux alertent l’Etat sur les dérives intégristes qui s’installent dans les quartiers pour diviser les habitants, sur ce qu’il faut bien appeler un fascisme islamiste qui peut être violent pour imposer ce qu’ils appellent la charia. Mais les grands discours gouvernementaux sur ce sujet et la prochaine loi sur le "séparatisme" ne change rien au fait que les services publics dans les quartiers prioritaires sont toujours insuffisants pour faire face à la crise sociale. Quand le maire de Vénissieux demande des moyens renforcés pour les écoles et les collèges, que disent les médias ?

Si le rapport de la chambre régionale des comptes évoque donc brièvement le fondamentalisme islamiste, ce n’est pas parce-que cela relève de sa compétence, ni parce-qu’il a étudié le phénomène, mais seulement parce qu’il a repris des témoignages sur le fait que ce fondamentalisme est le signe des difficultés persistantes dans les quartiers prioritaires.

Mais qui est allé enquêter sur l’islam fondamentaliste dans les quartiers aisés ? qui veut nous faire croire que l’intégrisme ne se développerait que dans les quartiers prioritaires ? Qui veut nous faire croire que les réseaux salafistes financés par l’Arabie Saoudite n’existerait que dans les quartiers prioritaires ?

En laissant croire que le fondamentalisme est lié aux minguettes, le Progrès et les médias qui reprennent cette campagne ont triplement tort.
- Ils cachent l’essentiel du rapport qui montre au contraire les réussites de la politique de la ville, l’amélioration des résultats scolaires, du cadre de vie, des possibilités de transports, et ils cachent aussi ce qui pourrait orienter l’action publique sur l’emploi, l’insertion, le logement...
- Ils cachent les vrais sources du fondamentalisme, qui ne sont pas aux minguettes, mais dans les circuits financiers et diplomatiques qui font vivre les réseaux intégristes.
- Enfin, ils n’aident pas les acteurs publics qui agissent justement pour faire reculer le fondamentalisme, pour développer la mixité dans le sport, la réussite scolaire pour tous les enfants, la découverte de la citoyenneté, de la laïcité, de la diversité culturelle...

Les habitants des Minguettes ont raison d’être en colère à la fois devant cette presse qui se fait des choux gras sur le buzz médiatique et devant le silence de l’état et du préfet sur l’action publique concrète contre l’intégrisme.

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...

Navigation

Brèves Toutes les brèves