1914-2014...

Bruits de bottes : mais où vont l’Europe et le monde ?

, par  Pierre-Alain , popularité : 26%

2014, un centenaire qui devrait être le moment de renouveler le cri de nos anciens après la grande guerre : "plus jamais ça". Mais une année marquée par des soubresauts répétés qui rappellent des évènements plus anciens au cœur de l’Europe, précurseurs des grands affrontements meurtriers du 20ème siècle.

Si nous avons été fiers de la France s’opposant au militarisme US lors de la guerre d’Irak, et si tout confirme que la France a eu raison de s’y opposer, nous avons depuis (re)pris l’habitude de soldats Français en guerre au loin, au moyen-orient, en Afrique... et d’une diplomatie qui n’hésite pas à faire intervenir services, conseillers, experts, et hommes politiques dans les conflits de nombreux pays...

Certains pensaient que la crise Yougoslave était un cas particulier dans une Europe qui était faite pour la paix Mais la révolte populaire des bosniaques contre les institutions mises en place par les institutions européennes nous rappelle qu’il faut des milliers de militaires pour gérer les conséquences de la partition de ce pays. Il avait pourtant été uni dans la résistance au fascisme et c’est la crise économique et sociale qui a ouvert le champ aux extrémismes nationalistes favorisés par l’Allemagne reconnaissant seule la Slovénie en Décembre 1991.

Les interventions répétées des dirigeants occidentaux dans les anciens pays de l’Est, suivent les pressions du FMI pour les "réformes" économiques, avant de jeter de l’essence sur les braises des crises sociales, officiellement "pour la démocratie". Mais quelle est cette démocratie en Ukraine qui impose dans la rue des partis fascistes qui font leur entrée au gouvernement, avant d’interdire le parti communiste, un des seuls partis s’opposant aux oligarchies à l’Est comme à l’Ouest de ce pays, 14% des voix aux dernières élections législatives !

Les bruits de bottes russes répondent aux interventions médiatiques, diplomatiques et économiques répétées de l’occident dont on découvre vite leurs véritables enjeux, soutenir certaines oligarchies contre d’autres, au service d’intérêts économiques occidentaux dans ce qui devient de plus en plus clairement un nouvel affrontement avec la Russie.

Les dirigeants politiques qui préparaient la guerre en 1914 ne prenaient pas le prétexte de la démocratie, ils défendaient ouvertement leurs intérêts territoriaux et économiques, et Jean Jaurès pouvait dénoncer "le capitalisme qui porte en lui la guerre comme la nuée l’orage".

Mais depuis, les médias sont devenus le "4eme pouvoir" et nous imposent une véritable propagande occidentale. Quand un ministre Français, allemand ou états-unien va soutenir les occupants (violents) d’une place dans la capitale d’un pays étranger, ils sont présentés comme des modèles de courage dans nos médias. Imaginons un seul instant qu’un ministre russe, chinois ou brésilien, vienne soutenir les occupants de Notre Dame des landes et viennent féliciter les casseurs de Nantes ! Que dirait Hollande à Poutine déclarant soutenir les bonnets rouges en Bretagne et leur envoyant de l’argent et des conseillers ?

Nous avons aussi l’expérience de la Libye, puis de la Syrie... Nos armes ont tuées en Libye, au service de "révolutionnaires" qui se sont empressés depuis de piller un pays qui assurait un des meilleurs niveaux de vie à ses habitants, aujourd’hui réduit à choisir la milice qui peut les protéger du chaos. Mais nos multinationales du pétrole ne se gênent pas pour faire leur marché auprès de ces milices.

Et nous constatons l’horreur de 3 ans de guerre en Syrie, une guerre présentée comme la radicalisation forcée d’une révolte légitime, mais dont nous savons aujourd’hui qu’elle est conduite principalement par des mercenaires étrangers, dont des centaines d’Européens, que les services occidentaux, turcs ou des monarchies pétrolières jouent un rôle clé dans l’organisation logistique, la fourniture d’armes, la formation et même l’encadrement militaire. Et ce qui inquiète le plus les gouvernements occidentaux, ce ne sont pas les morts syriennes, mais les conditions du retour de ces mercenaires que nos médias ont fabriqués et qui nous reviendront plein de désespoir ou de haine.

Dans toutes ces guerres qui semblaient lointaines, on découvre de plus en plus les enjeux de la guerre économique entre les grandes zones mondiales. Pétrole, gaz, gazoducs, minerais, terres agricoles. Mais pourquoi acceptons-nous que nos soldats soient partout ou nos multinationales font des affaires ? La Chine qui agit partout dans la mondialisation pour son propre développement n’a de soldat nulle part ! Beaucoup de pays du Sud constatent qu’ils peuvent être gagnants de ces échanges entre eux, alors que par exemple, Haiti que USA et France "aident" depuis des décennies est toujours plus pauvre. Ce pays exportateur de riz il y a 20 ans est devenu totalement dépendant du riz... des USA.

Nous savons que la guerre des armes se prépare toujours par la guerre des mots. Comment comprendre qu’aucun média Français ne fasse écho aux inquiétudes du rabbin de Kiev dénonçant les menaces d’attaque d’institutions juives et demandant aux juifs de quitter la ville, ou ne disent rien du lynchage du jeune dirigeant communiste de Lviv, des alertes de l’alliance antifasciste d’Ukraine... Comment expliquer que Poutine soit systématiquement présenté dans les médias comme un dictateur oligarque, quand les princes Saoudiens ou Qataris sont présentés comme des partenaires naturels ?

Les bruits de bottes résonnent désormais aux frontières de l’Europe et les ballets diplomatiques dont on apprend les dessous dans les réseaux sociaux ont quelque chose de commun avec ceux de 1914 dont parle Jean Jaurès dans son dernier discours :

Chaque peuple paraît à tra­vers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et main­te­nant voilà l’incen­die. Eh bien ! citoyens, nous avons notre part de res­pon­sa­bi­lité, mais elle ne cache pas la res­pon­sa­bi­lité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénon­cer, d’une part, la sour­noi­se­rie et la bru­ta­lité de la diplo­ma­tie alle­mande, et, d’autre part, la dupli­cité de la diplo­ma­tie russe. Les Russes qui vont peut-être pren­dre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire : « Mon cœur de grand peuple slave ne sup­porte pas qu’on fasse vio­lence au petit peuple slave de Serbie. » Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur ? Quand la Russie est inter­ve­nue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indé­pen­dante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche : « Laisse-moi faire et je te confie­rai l’admi­nis­tra­tion de la Bosnie-Herzégovine. » L’admi­nis­tra­tion, vous com­pre­nez ce que cela veut dire, entre diplo­ma­tes, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’admi­nis­trer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’admi­nis­trer au mieux de ses inté­rêts.

Dans l’entre­vue que le minis­tre des Affaires étrangères russe a eu avec le minis­tre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche : « Je t’auto­ri­se­rai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condi­tion que tu me per­met­tes d’établir un débou­ché sur la mer Noire, à proxi­mité de Constantinople. » M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a inter­prété comme un oui, et elle a auto­risé l’Autriche à pren­dre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : « C’est mon tour pour la mer Noire. » - « Quoi ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Rien du tout ! », et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche

Il appelait les peuples à refuser la guerre et alertait

La poli­ti­que colo­niale de la France, la poli­ti­que sour­noise de la Russie et la volonté bru­tale de l’Autriche ont contri­bué à créer l’état de choses hor­ri­ble où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cau­che­mar.

En 2014, il faudrait ajouter l’agressivité des USA pour caractériser la situation... Mais quel sera le dirigeant de gauche qui lancera un appel vibrant pour la paix et contre la guerre qui vient ?

Carte de VénissieuxLes lieux de rencontres et visites sont marqués par une épingle pointant directement sur le compte-rendu... il est possible de déplacer la carte, de (de)zoomer...

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