C’est tout sauf un problème électoral. Tous ceux qui parlent de battre le RN au second tour nous mentent en nous demandant de décider qui il faut placer à gauche. Car personne ne battra le RN au second tour s’il fait au premier ses millions de voix de 2022. Or qui au premier tour va aller à la reconquête des voix populaires captées par le RN et comment ?
Prenons le drame de la jeune fille du Gers. La gauche en reste au buzz médiatique, la démission de Darmanin, et plus de moyens pour la justice… Mais c’est toute notre société qui est malade. Il y aurait 70 000 affaires de pédocriminalité dans les cartons de la justice, la plupart sans instruction. Dans chaque école, combien d’enfants victimes de violences ? Et dans notre société de classe, les magistrats, ne connaissant les crises sociales que par les faits divers, sont largement marqués par les idées réactionnaires. Ce procureur du Gers peut la même année, ordonner des convocations multiples d’un syndicaliste paysan menacé de garde à vue pour des publications facebook, mais ne pas trouver le temps de convoquer un mis en cause dans des procédures de viol sur enfants. La circulaire de Darmanin demandant aux procureurs de prioriser la protection des enfants n’a jamais été appliquée ! Mais la circulaire de Dupont Moretti demandant de poursuivre les soutiens à la résistance palestinienne a généré plus de 800 condamnations !
On ne répondra pas à cette crise de société avec la démission d’un ministre, même si elle est justifiée, ni même en obtenant des moyens nécessaires pour la justice. Il faut une révolution pour faire entrer le peuple, celui des tours comme des bourgs dans les institutions, dont la police et la justice, pour engager l’action publique contre toutes les violences qui enferment l’individu dans la guerre contre les autres, violences sexistes, racistes, d’exploitation, de la pornographie et de la prostitution, pour affirmer une société du droit des plus faibles contre la loi de la jungle. Il ne peut y avoir d’émancipation humaine de toutes les violences et dominations sans une autre société.
Sur de nombreux sujets, les communistes doivent sortir du bcbg de la gauche réformiste
- L’histoire de l’URSS qu’on nous a imposé comme une horreur dramatique, alors qu’on découvre des russes manifestant contre un projet d’infrastructures détruisant une forêt des années 50, quand l’URSS lançait d’immenses chantier d’agro-forestation pour développer, contre le modèle agrochimique occidental, une agriculture sans intrants fondés sur la richesse des sols, politique malheureusement abandonnés dans les années 70. On pourrait multiplier les exemples qui montrent la richesse et les contradictions de ce socialisme soviétique, loin de la diabolisation qui ont conduit à cette « autophobie communiste » décrite par Losurdo
- les responsabilités de l’OTAN et de l’occident dans les guerres en Ukraine, en Palestine, au Mali. Nous avions reçus à Vénissieux les mères d’Odessa, dont les enfants ont été brûlés vifs par les nazis en 2015… tout est dit sur les origines de cette guerre. En Palestine, tout le monde sait que sans le financement US, Tsahal aurait cessé ses guerres depuis longtemps. Au Mali, nos médias ont fait connaître l’attaque des djihadistes fin avril sur Kidal, mais aucun ne vous a fait connaître la contre-offensive des pays du Sahel, et le développement récent de leurs liens avec le reste de l’Afrique pour sortir de la France-Afrique. Le capitaine Traoré ressemble de plus en plus à Thomas Sankara
- la gauche et l’industrie. Les élus de gauche protestent toujours contre un plan de licenciement, comme récemment dans la vallée de la chimie. Mais la plupart défendent une politique énergétique issue du scénario negawatt, qui limite fortement la production électrique pour pouvoir mettre en cause le nucléaire. Or sans une très forte augmentation de cette production électrique, pas de réindustrialisation possible, car elle doit être décarbonée, en plus d’être fondée sur la révolution technologique encours. Bref, ils font tous comme Mitterrand en 1981, anticapitaliste avant l’élection, gérant le capitalisme ensuite. Certains me diront, non la gauche radicale n’est pas comme ça. Et bien rappelons que le socialiste Allende est resté tête haute sous les bombes quand l’insoumis Tsipras a trahi le peuple grec en cédant à la troika européenne.
- le féminisme et metoo. Si ce mouvement a libéré la parole, c’est beaucoup dans le monde du spectacle et la vie publique. Mais en ne reliant pas le féminisme au communisme, il laisse passer l’horreur de l’affaire Epstein qui révèle à quel point notre bourgeoisie est dépravée. Car c’est bien l’appartenance de classe qui transforme pour nos élites tout être humain en objet, femme, enfant, esclave, migrant… Et pour l’instant, ce mouvement fait silence sur les violences vécues dans les milieux populaires dont le Gers n’est qu’un exemple, alors même que les ressources du féminisme sont beaucoup plus dans les filles des milieux populaires qui construisent leur autonomie, leur liberté, malgré les pressions culturelles ou familiales.
- Il faut aussi évoquer le lien entre luttes sociales et élection pour sortir de l’électoralisme, le lien entre les identités meurtrières dont parle le merveilleux livre de Amin Maalouf et l’universalisme pour repenser l’unité populaire…
Sur tous ces sujets, une candidature communiste est indispensable, pour réintroduire les question de classe dans le débat public, affirmer que ce sont les luttes de demain qui peuvent aider à nous défendre contre les crises du capitalisme et qu’elles ont besoin d’un parti communiste plus fort contre tous les réformismes, et afficher avec force sa détermination à aller reprendre 1, 2 et pourquoi pas 3 millions de voix au RN dans les milieux populaires. C’est le chemin le plus sûr pour assurer sa défaite.
Il y a peut-être d’autres bons candidats que Fabien Roussel, et notamment d’autres bonnes candidates pour venir bousculer une campagne qui peut être très masculine, mais c’est un chemin difficile. Si Fabien tient compte des erreurs commises en 2022, du piège des médias et du caractère fondamental du lien populaire et militant, s’il considère que la bataille de la reconquête de l’électorat populaire capté par l’extrême-droite est d’abord une bataille de terrain, de lien personnel des militants avec les électeurs, alors, il est un atout pour les communistes.

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